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Balade géologique à la Gravenne de Montpezat

Balade géologique à la Gravenne de Montpezat

Balade géologique

La gravenne de Montepzat

La gravenne de Montpezat est un jeune volcan duquel plusieurs coulées de laves se sont épanchées sur plusieurs kilomètres. Grâce aux pouzzolanes rouges et noires, remontez la piste de la lave jusqu’au cratère avec votre guide paléodécouvertes

Durée : env. 2h30/3h

Rendez vous 14h.
Place de la Paix
07560 MONTPEZAT SOUS BAUZON

GPS : 44.711205 / 4.207937

Résumé de la balade

Ce samedi 23 juin 2018, pour l’avant-dernière balade géologique de la saison hivernale-printanière, une vingtaine de participants s’étaient retrouvés à Montpezat-sous-Bauzon, dans le but de découvrir la gravenne éponyme, sa formation et son cratère, à l’ombre du soleil estival. Bernard Riou, paléontologue de l’association Paléodécouvertes et du Muséum de l’Ardèche, était chargé de l’animation de cette demi-journée, riche en paysages panoramiques exceptionnels.

Une gravenne, c’est quoi ?

Le mot gravenne provient de l’occitan, qui signifie “graviers volcaniques.” L’édifice volcanique domine le village au sud/sud-est. Il sépare la vallée de Montpezat de celle de Thueyts. Cette première vallée a longtemps été un axe de communication stratégique pour atteindre l’Ardèche du Nord par les Romains. Il est devenu le passage obligé pour les muletiers qui, du XIIe au XVIIIe siècle vont faire transiter par cette voie toutes sortes de marchandises, entraînant la naissance d’une activité hôtelière et commerçante importante. En 1693, on comptait 65 auberges dans le bourg de Montpezat ! En 1876, la commune compte 3000 habitants, bien plus qu’Aubenas à l’époque. On retrouve quelques bâtiments issus de cette époque florissante, notamment le Château de Pourcheyrolles, aujourd’hui en ruine, ou bien l’église Notre-Dame de Prévenchère, plus ancienne que l’église restaurée de Notre-Dame de l’Assomption, au niveau de la place principale du village.

Montpezat-sous-Bauzon est surnommée par les géologues la “commune aux Cinq Volcans.” En effet, on retrouve bien entendu la gravenne de Montpezat (volcanisme strombolien), mais également le Lahar du Chambon (phréato-magmatique, avec coulées de boue, et possible phase strombolienne antérieure), la Vestide du Pal (un des plus grands maars européens), le Suc de Bauzon (strombolien culminant à 1471m), et le lac Ferrand (ancien maar, aujourd’hui en eau).

Mais ce jour-là, les participants désiraient en savoir plus sur cette gravenne ! Au fur et à mesure de la montée, on comprend comment l’édifice s’est mis en place et surtout comment il a fonctionné. Il s’agit d’un volcan strombolien, qui dit strombolien, dit phase explosive, avec projections de cendres, lapillis, bombes et blocs volcaniques, et phase effusive, avec égueulement du cratère et coulée de lave. Cette coulée de lave a en effet égeulé le cratère sur sa partie nord et a continué de s’épancher dans l’axe du cours d’eau La Fontolière. Ce dernier a ensuite incisé/érodé la coulée, une fois refroidie, laissant apparaître des prismes volcaniques sur lesquels repose le château de Pourcheyrolles. La coulée et la cascade qui la surmonte sont bien visibles depuis le panorama en bas du village, dommage que la végétation ait repris le dessus sur la roche…

De nombreux téphras le long du sentier ombragé…

Pour comprendre la phase explosive de la gravenne de Montpezat, Bernard Riou guide les participants jusqu’aux pourtours du cratère. De nombreux indices montrent les caractéristiques et la puissance du volcan strombolien. Mais c’est quoi un téphra déjà ?

Les téphras, aussi appelés éjecta ou pyroclastes, sont les fragments de roche solide expulsés dans l’air ou dans l’eau pendant l’éruption d’un volcan. On oppose bien souvent aux téphras, la lave, et le gaz. Ils existent de nombreux téphras, de forme et de composition variables, mais la taille des particules volcaniques sert bien souvent de base à la classification, aussi appelée granoclassement ; ainsi, du plus gros au plus petit, on retrouve les bombes, les blocs, les lapilli, les cendres grossières, les cendres, les scories, et les ponces. Sur le chemin, les participants ont retrouvé de nombreuses scories, utilisées pour la pouzzolane notamment, des scories noires, dites “bas de cône”, moins oxydée car la température y est moins élevée, et des scories rouges, davantage dans le cratère ou sur ses pourtours, dites “coeur de cône”, plus oxydée car évidemment la température est plus élevée au coeur du cratère. Soit elles jonchaient le sol, soit elles se retrouvaient comme soudées ensemble, sous la forme d’une coulée, mais il s’agissait là plus d’un empilement que d’une coulée. Les scories, chargées en gaz carbonique, ont été projetées à plusieurs dizaines, voire centaines, de mètres de hauteur, ont refroidi dans les airs, et sont retombées au sol, dégazées, et donc pleines de petits trous poreux. Mais attention, elles ne flottent pas dans l’eau, leur densité reste supérieure à 1.

D’autres téphras bordent la route des géologues amateurs, notamment des bombes dites “en croûte de pain”, qui n’ont pas eu le temps de se dégazer en l’air… Encore chaudes, elles ont bien souvent épousé la forme du sol en retombant, et poursuivi leur refroidissement (beaucoup plus lent) une fois au sol. Toutefois, la partie extérieure, en contact avec l’air, a refroidi plus rapidement que la zone coeur de la bombe, résultat cette partie extérieure s’est fêlé, sous l’action du refroidissement/dégazage du coeur de la bombe, ce qui donne cet aspect “en croûte de pain.” Des bombes en rubans sont également observables du côté de la gravenne de Montpezat : il s’agit ici plus d’une forme allongée, comme étirée, liée à la température très élevée de la lave lors de la phase explosive (aux environs des 1200°C), donc une lave très fluide, qui au moment de sa projection en l’air s’est étirée, jusqu’à son refroidissement. Un peu comme une pâte à pizza qu’on lancerait en l’air ! Cette analogie culinaire, comme beaucoup d’autres, semble beaucoup plaire aux participants.

Bien que la gravenne de Montpezat-sous-Bauzon soit aujourd’hui quasi-entièrement végétalisée, de superbes panoramas ont pu être observés par les participants, ravis de cette nouvelle balade géologique, où faune et flore sont venues ajouter leur grain de sel (ou de cendre) à cette belle après-midi ensoleillée, toujours en compagnie du guide passionné et apprécié Bernard Riou.

Témoignage de Pierre Gauthier

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