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Balade naturaliste à Balazuc

Balade naturaliste à Balazuc

Balade naturaliste à Balazuc

Samedi 21 avril 2018

Du plateau calcaire à la ripisylve de l’Ardèche, quelles sont donc ces espèces animales et végétales qui vivent sous nos pieds ? Durant 1h30 au départ du Muséum de l’Ardèche, Pierre Gauthier vous emmène explorer la végétation de Balazuc dans un parcours inédit Paléodécouvertes !

En amont des célèbres gorges de l’Ardèche, la vallée du même nom et ses affleurements de Balazuc permettent de remonter le temps au coeur de l’océan jurassique. De la formation des dépôts calcaires à leur surrection puis leur
érosion, découvrez paysages, roches et fossiles sous un nouveau jour.

Inscriptions à l’aide du formulaire ci dessous ou via la billetterie en ligne (non-adhérents)

La balade en bref

Une trentaine de participants s’étaient retrouvés ce samedi 21 avril 2018 pour une balade géologique-naturaliste en compagnie d’un guide, afin de découvrir le plateau et la ripisylve de Balazuc. Le temps était au beau fixe, avec un parcours à la fois ombragé et ensoleillé, de quoi profiter de la nature à l’abri de la chaleur ardéchoise printanière.

À la découverte de la géologie de Balazuc

Le plateau de Balazuc est essentiellement composé de calcaires blancs du Jurassique supérieur (-160 à -145 millions d’années). Mais si l’on regarde la carte géologique d’un peu plus près, on peut repérer des calcaires argileux et des marnes du Berrassien (-145 à -90 millions d’années), observables également aux alentours de Vogüé Gare et d’Eyriac, à relier avec le stratotype de Berrias-et-Casteljau. Un stratotype est un affleurement qui sert de référence pour définir un étage géologique, étage de l’échelle stratigraphique. Enfin, on peut aussi repérer des alluvions anciennes des très hautes terrasses et alluvions datant du Villafranchien (-5 à -1 millions d’années). Le nom Villafranchien est à relier avec Villafranca d’Asti en Italie, où a été observé pour la première fois ce type d’alluvions anciennes.

Si l’on retrouve ces calcaires aujourd’hui sur les points hauts de Balazuc, c’est dû à la surrection alpine datant du Crétacé inférieur (environ -120 millions d’années). À cette époque, la mer était partout au-dessus de nous, avec même une profondeur de 200 à 300 m au Jurassique, de quoi favoriser les dépôts calcaires sur l’ensemble des fonds marins. Puis avec les mouvements tectoniques et l’élévation du relief, la mer s’est progressivement retirée, de sorte à laisser apparaître les anciens fonds marins sur les hauteurs. Aujourd’hui, on retrouve à la fois du Jurassique et du Crétacé sur le plateau, il faut mettre cela sur le dos de l’érosion, du retrait de la mer d’abord et des pluies acides ensuite. Cette érosion préférentielle a finalement permis de conserver une petite base du Crétacé sur un ensemble majoritairement Jurassique.

En descendant vers les Gorges de l’Ardèche, depuis le plateau, le paysage est drastiquement différent. De longues colonnes et pans de falaises calcaires dominent la rivière qui serpentent entre les gorges. Si l’on veut comprendre l’origine de ces gorges, il faut remonter à -6 millions d’années, lors de l’épisode de la crise messinienne. Cette crise se caractérise par une fermeture progressive de la mer Méditerranée au niveau de l’actuel détroit de Gibraltar, fermeture essentiellement liée à la tectonique des plaques. Petit à petit, la mer Méditerranée va perdre en niveau d’eau, on estime une baisse du niveau marin de 1 500 à 2 500 m répartie sur plusieurs millénaires. Cette baisse du niveau marin de la mer Méditerranée a entrainé le creusement de tous les fleuves et rivières connectés à la mer, avec notamment le Rhône, et donc ses affluents, ici l’Ardèche. Pour maintenir leur connexion à la mer, les fleuves et rivières ont dû abaisser leur niveau, et donc creuser la roche en place ; le fait que certaines gorges soient plus accusées que d’autres témoigne de la rapidité de creusement de la rivière. Pour la petite histoire, l’embouchure du Rhône avait fini par créer un gigantesque canyon, qui a ensuite été comblé par des sédiments, notamment lors des nombreuses périodes glaciaires postérieures.

Sur le plateau et dans le village, l’Homme !

Les premières empreintes de l’histoire à Balazuc datent d’il y a plus de 50 000 ans au début de la dernière glaciation, le Würm, avec l’homme de Néandertal venu chasser le bouquetin dans les terres. Viennent ensuite des agriculteurs au Néolithique (3 000 ans av. J.-C.) venus élever des chèvres et des moutons, cultiver le fond des dolines et placer leurs morts dans des tombes collectives en coffres de pierres, type dolmens. Une doline est une dépression circulaire en contexte karstique : la dissolution ou l’érosion des calcaires de surface conduit à la formation de dépressions circulaires mesurant de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres de diamètre ; leur fond est souvent occupé par des argiles de décalcification ou terra rossa (terre rouge), fertiles et plus ou moins imperméables ; la rétention locale d’eau qu’elle permet les rend propices au développement d’un micro-climat spécifique et d’une riche végétation, qui contraste avec le plateau calcaire environnant, leur conférant une fonction d’habitats et éventuellement de refuge naturel pour de nombreuses espèces. À l’âge du Bronze final, vers 750 av. J.-C., le gué sous le village de Balazuc était utilisé. Bien que Balazuc vienne de Baladunum, de bal, « le rocher » et dunum, « la hauteur fortifiée » en gaulois, aucune trace gauloises n’a pu être retrouvées à Balazuc. Les Gallo-Romains cultivent ensuite la plaine des Salles où passe la grande voie romaine reliant le Rhône à Nîmes. De nombreux édifices historiques et patrimoniaux sont encore visibles à Balazuc ou dans les environs, tout comme le château et l’église Notre-Dame-de-Balazuc (XI-XIIIe siècle), l’église Sainte-Madeleine (XIXe siècle), le sarcophage paléo-chrétien avec ses hauts-reliefs de scènes bibliques, la Tour carrée, la porte de la Sablière, la tour de la Reine Jeanne-de-Balazuc, et le village coopératif du Vieil Audon.

La nature à toutes les échelles

L’alternance de secteurs de gorges calcaires et de larges plaines alluviales aux environs de Balazuc apportent une forte diversité des milieux, de la flore et de la faune ; les pelouses sèches implantées sur les terrasses alluviales, les grottes et parois rocheuses, et les pieds de falaises bien exposées, participent également à dynamiser cette diversité. De ce fait, qu’on soit sur le plateau ou au bord de l’eau à Balazuc, la nature est partout autour de nous. Avec ses aires protégées et ses mesures de protection (zone Natura 2000, inventaire ZNIEFF, et APPB (Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope)), les rives de l’Ardèche sont bien en sécurité mais aussi bien documentées pour sensibiliser le grand public. On peut en effet trouver de nombreux mammifères, odonates (libellules), oiseaux et chiroptères (chauve-souris), mais aussi des insectes et mollusques, de nombreux poissons, batraciens et reptiles. La flore n’est pas en reste face à cette faune diversifiée, en effet avec les influences climatiques méditerranéennes, on retrouve de nombreuses espèces typiques des milieux secs et ensoleillés, comme le Chêne vert, l’Érable de Montpellier, le Buis, l’Amélanchier, de nombreuses Violettes (hérissée et odorante), du Bec-de-grue commun, de la Stellaire holostée, et de l’Euphorbe petit-cyprès.

D’autres espèces plus typiques viennent quant à elles border les cours d’eau, sous la forme d’un corridor végétal colonisant les berges, appelé la ripisylve, de ripa, « rive » et sylve, « forêt. » La ripisylve comprend souvent quatre espèces arbustives, l’Aulne, le Saule (pourpre et blanc), le Frêne, et le Peuplier (noir et blanc). Sur les rives de l’Ardèche à Balazuc, le Saule est bien présent, avec quelques individus de Frêne. Cette ripisylve a un rôle écologique très important, en effet elle veille au maintien et à la fixation des berges (notamment lors des crues) avec le réseau racinaire profond des espèces végétales, à la bonne qualité des eaux, et sert de niche écologique pour de nombreuses espèces faunistiques. Malheureusement, ces espèces sont bien souvent en concurrence avec des espèces invasives… Une espèce invasive est une espèce qui a été importée d’un autre pays ou continent, et est capable de coloniser un milieu naturel de manière rapide et dense. C’est le cas de la Renouée du Japon, de l’Érable negundo, de l’Ambroisie, du Raisin d’Amérique ou encore de la Berce du Caucase. Les espèces invasives induisent en effet la fermeture et l’uniformisation des milieux, concurrencent les espèces indigènes, et perturbent le fonctionnement et la composition des milieux naturels. Certaines méthodes existent pour en venir à bout, mais il est très difficile de s’en débarrasser définitivement…

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